INTRODUCTION À LA GALÉNIQUE
L’objectif de cette partie est de comprendre l’art de la formulation ou comment la combinaison des ingrédients crée des formes et textures différentes. Une formule se construit tout au long du développement. La galénique désigne l’ensemble des choix de forme et de formulation qui transforment des ingrédients en un produit cosmétique fini, stable et utilisable. Elle couvre la nature de la forme (solution, gel, émulsion, etc.), la texture, ainsi que les conditions assurant la stabilité, la sécurité et la conservation du produit.
De manière générale, on choisit dès le début du développement la forme galénique que l’on souhaite travailler : huile, gel, crème, lait, beurre, sérum... car c’est elle qui va en grande partie déterminer le type de produit et son usage.
Pour mieux comprendre ces choix de forme, il est utile de passer en revue les grandes familles de galéniques.
Il existe ainsi différentes formes de produits cosmétiques. Commençons par détailler les systèmes monophasiques, c’est-à-dire les mélanges homogènes constitués d’une seule phase (aqueuse, huileuse ou hydro-alcoolique):
- LES SOLUTIONS
Qu’est ce qu’une solution ? c’est un mélange liquide homogène de plusieurs substances tous soluble entre eux. Une solution peut être aqueuse comme les toniques, les lotions et les eaux micellaires. Elle peut être également huileuse, dans ce cas elle est anhydre, sans eau : comme une huile de soin capillaire, un sérum huileux. ou alcoolique comme le parfum ou le dissolvant.
- LES GELS
Les gels sont obtenus à partir de liquides monophasiques type solution épaissis à l’aide d’agents gélifiants pour obtenir une consistance de molle à très épaisse. Je peux citer comme exemple le baume démaquillant huileux, le gel capillaire, la gelée démaquillante aqueuse.
- LES PATES et STICKS
sont des mélanges de consistance entre solide et liquide 100% huileux (cires, beurre, huiles) pour obtenir des rouges à lèvres ou baume à lèvre.
Ensuite il existe les systèmes biphasiques : qu’on appelle également les émulsions.
- UNE EMULSION est formée de 2 phases liquides : 1 phase aqueuse et 1 phase huileuse dispersée l’une dans l’autre. Les deux phases n’étant pas miscible entre elles, il faudra ajouter un un émulsionnant pour lier les deux. Leur problème sera la stabilité dans le temps. Les Lait, crème, baume, fluide, gel crème pour le visage ou pour le corps sont des exemples d’émulsions.
Il existe 2 types d’émulsions :
Les émulsions Huile dans Eau (H/E), également appelée émulsion direct. C’est l’eau qui est en phase continue et on vient ajouter de l’huile. L’eau est majoritaire dans ces émulsion et donne des crèmes légères ou laits avec une toucher frais (c’est la majorité des émulsions sur le marché).
Les émulsion Eau dans Huile (E/H) sont également appelé émulsion inverse. L’huile compose la grande majorité, c’est la phase continue et on vient dispersé de l’eau à l’intérieur pour obtenir des Cold cream et des crèmes riches avec un fini sur la peau présent.
Il y a également les systèmes dispersés, ce sont des systèmes où une phase solide est dispersées dans une autre liquide (donc non miscibles entre elles) type dispersions, suspensions, aérosols et mousses.
- UNE DISPERSION est un produit composé de 2 phases non miscibles et pouvant être dans des états physiques différents. Ces 2 phases sont la phase dispersante et dispersée. Par exemple : les aérosols comme un shampoing sec : la phase dispersée est la poudre tandis que le gaz est la phase dispersante et permet de propulser la poudre. Les deux phases ne constitue pas un ensemble homogène que ce soit dans le packaging ou à la sortie du produit. Il existe aussi les déodorants, laques…
- UNE SUSPENSION est un produit composés d’une phase principale homogène dispersante qui est liquide et d’une phase dispersée solide (poudre, paillettes, pigments). Leur problème est la sédimentation, le fait que les particules solides comme les paillettes retombent en bas du flacon. Par exemple, on peut citer les vernis à ongles et l’Huile Prodigieuse Nuxe pailletée.
- LES MOUSSES
Les mousses sont conditionnées en boitier aérosol. Le gaz propulseur ne représente que 5 à 10% de la quantité total et est la phase dispersante. L’émulsion est la phase dispersée. La qualité de la mousse dépendra de la formule mais surtout du gaz et de son % d’incorporation. Plus il y a de gaz plus la mousse sera légère. C’est le cas des mousses à rasé, mousse volumisante pour les cheveux bouclé.
Il existe aussi les systèmes poudres ou pulvérulents.
- LES POUDRES LIBRES sont composés de poudre dite blanche comme de la poudre de riz avec des pigments pour la couleur également sous forme de poudre. C’est un cosmétique anhydre.
- LES POUDRES COMPACTES
De la même façon, il y a les poudres compactes, on en plus de la poudre de riz et des pigments présence d’un liant dans la formule. Ce liant est un corps gras (huile) et permet le compactage et lie les poudres entre elles. Il joue sur la texture (plus ou moins crémeuse) de la poudre et sur la prise de la poudre (plus ou moins facile).
Et pour finir, nous allons voir ensemble les autres types de produits cosmétiques comme :
- LES BIPHASES sont composés de deux phase non miscible entre elles, généralement une phase aqueuse et une phase huileuse. Une très faible quantité d’émulsionnant est présente afin que l’émulsion se forme rapidement lorsque le consommateur agite le produit avant usage. C’est produit sont intéressant au niveau du visuel qui est très vendeur.
- LES CRAYONS et LINGETTES :
Ce sont des produits dont le conditionnement est très spécifique. Ils sont le plus souvent sous‑traités auprès d’entreprises spécialisées qui ne fabriquent que ce type de formats, car les usines des marques ne sont généralement pas adaptées à ces procédés. Les lingettes sont imbibées d’un produit cosmétique, tandis que la pâte du crayon est moulée directement à l’intérieur du corps en bois.
Bien, nous avons vu ensemble toutes les galéniques possibles de produits cosmétique. Après avoir sélectionné la galénique, par exemple une crème, nous allons établir le souhait de texture. La texture est la combinaison des propriétés sensorielles et mécaniques d’un produit perçues à l’application et après quelques minutes sur la peau :
- A l’oeil : aspect, viscosité (fluide, gel, crème, baume…), couleur, brillance ou matité, fini (velouté, gras, sec), présence de bulles, de nacres ou de paillettes.
- Au prélèvement, qu’on appelle pick-up : est‑ce que le produit se charge facilement sur le doigt ou le pinceau, ou au contraire il est très fluide ou trop dur ?
- A l’application : glissant sous les doigts, onctuosité, plus ou moins gras, formation d’un film fin ou d’une couche épaisse. Trop peu ou trop d’étalement (adapté selon la zone)
- Après application, qu’on appelle aussi after‑feel : fini mat, velouté, collant, poudré, gras, effet “seconde peau”, sensation de fraîcheur ou de chaleur, confort immédiat.
Elle résulte de la forme galénique et des choix d’ingrédients qui modulent étalement, pénétration et ressenti au cours du temps.
Ensuite, pour objectiver ce ressenti, on utilise l’analyse sensorielle qui consiste à évaluer un produit cosmétique avec nos sens : la vue, le toucher, l’odorat, parfois même l’ouïe (bruit d’une mousse, d’un spray). Elle se fait de façon structurée, à l’aide de grilles d’évaluation, pour décrire précisément ce que l’on ressent (pas seulement j’aime ou je n’aime pas) à l’application puis après quelques minutes. Cela permet de vérifier que la forme galénique est agréable, cohérente avec la promesse et à l’usage.
Pour finir, lorsque la formule est entièrement validée au niveau de la texture, il reste les tests de stabilité afin de vérifier que le produit reste le même dans le temps.
La stabilité désigne la capacité d’un produit à conserver ses différentes propriétés qu’on listera ensuite, dans des conditions de stockage et d’usage définies. Les propriétés sont :
- Physiques : Pas de déphasage, de grains, de changement de couleur, d’odeur anormal ou de viscosité,
- Chimiques : le pH ne change pas, les corps gras ne rancissent pas, les actifs ne se dégradent pas.
- Microbiologiques : pas de développement de micro-organismes au-delà des limites acceptables,
- Et sensorielles : la texture reste la même que la formule d’origine.
On va, pour cela, réaliser toute une série de tests adaptés à la forme galénique et au packaging. D’abord, on stocke le produit à différentes températures (-20 °C, 4 °C, température ambiante, 40 °C et 50 °C) pour simuler son vieillissement. Ces échantillons seront suivis dans le temps, de J0 (le jour de la formulation de l’essai) jusqu’à 3 ans. On étudiera l’évolution de la viscosité, du pH, de la couleur, de l’odeur et de la texture. On utilise aussi la centrifugation pour vérifier les risques de déphasage de la formule.
Bien, nous venons de voir les principales bases de la formulation cosmétique dans ce module 1.