ING À SURVEILLER : PEG, silicones, sulfates, allergènes, etc
Bien, parlons maintenant des ingrédients cosmétiques à surveiller. En tant qu'esthéticienne, vous êtes le premier point de contact pour conseiller vos clientes/clients. Certains ingrédients font l’objet de débats, que ce soit pour des raisons sanitaires (irritation, toxicité potentielle) ou écologiques. Votre but n'est pas de faire peur, mais de savoir les identifier, comprendre leur fonction, et expliquer pourquoi ils sont controversés.
Les étoxylés : PEG - PPG
ommençons par la famille des éthoxylés. Vous les verrez souvent sous les acronymes PEG (Polyéthylène Glycol) ou PPG (Polypropylène Glycol). Ce sont des ingrédients synthétiques dérivés du pétrole, obtenus par un procédé chimique lourd. Ils servent d'émulsionnants (pour lier l'eau et l'huile), d'humectants ou d’épaississant.
Dans la liste INCI, ils sont faciles à trouver : "PEG" ou "PPG" suivi d'un chiffre. Par exemple : PEG-40, PPG-15 Stearyl Ether. Ils se cachent aussi derrière les terminaisons en -eth (comme Ceteareth-20, Laureth-7) ou les Polysorbates -20/-60/-80.
Pourquoi s'en méfier ? D'abord pour la peau : ils la rendent plus "perméable", ce qui peut laisser passer d'autres substances nocives. Sur le long terme, ils peuvent aussi dessécher la peau. Ensuite pour la planète : leur fabrication est très polluante et nécessite des gaz toxiques (oxyde d’éthylène). De plus, ils sont peu biodégradables.
Les silicones
Passons aux silicones. Ce sont des polymères synthétiques qui apportent un toucher ultra-doux, soyeux et glissant aux produits.
Ils se terminent presque toujours par -cone (dimethicone) ou -xane (cyclopentasiloxane).
Le problème ? C'est un leurre. Ils créent un film plastique sur la peau. C'est occlusif, mais non nourrissant. Pour vos clientes à peau grasse ou acnéique, attention : ce film peut piéger les bactéries et boucher les pores. Écologiquement, c'est une catastrophe : ils ne se dégradent pas et finissent par s'accumuler dans les océans.
Les Huiles minérales
Dans la même logique, nous avons les huiles minérales. Ce sont des dérivés directs du pétrole (comme l'essence !). Les industriels les utilisent car elles ne coûtent pas cher, sont inerte donc très stables et apportent du confort.
On les retrouvent dans la liste INCI sous des noms comme Paraffinum Liquidum (huile de paraffine), Petrolatum (vaseline) ou Mineral Oil.
Comme les silicones, ce sont des corps gras inertes. Elles forment une barrière totalement étanche, occlusive en surface de la peau. C'est utile sur une peau brûlée ou très atopique (comme un pansement), mais pour une peau normale, elles n’apportent aucune nutrition : ni vitamines, ni acides gras essentiels, contrairement aux huiles végétales.
Les sulfates
Continuons avec les tensioactifs sulfatés. Ce sont les agents qui font mousser vos shampoings et gels douche.
Pour les trouver dans la liste INCI il suffit de repérez le mot SULFATE.
Les deux stars sont le Sodium Lauryl Sulfate (SLS - le plus puissant et très irritant) et le Sodium Laureth Sulfate (SLES - un peu plus doux mais polluant).
La controverse ? Ils sont trop décapants. Ils altèrent le film hydrolipidique qui protège la peau et le cuir chevelu. Résultat : irritations, sécheresse, et le fameux effet rebond (le cuir chevelu regraisse plus vite pour se défendre). Conseil pro : Pour vos clientes souffrant d'eczéma, de psoriasis ou de cuir chevelu sensible, bannissez les sulfates impérativement, puisque ce n’est pas la mousse qui nettoie !
Les conservateurs suspectés (parabènes
Les conservateurs sont obligatoires pour éviter les bactéries, mais certains sont soupçonnés d’être des perturbateurs endocriniens, c’est-à-dire qu’ils dérèglent nos hormones.
- Les Parabènes, vous en avez forcément entendu parler ! Les plus courants : le methylparaben, le propylparaben et le butylparaben. Aujourd’hui, certains sont interdits dans les produits sans rinçage pour les bébés de moins de 3ans. D’autres sont non toxiques mais ont très mauvaise réputation.
- Le Triclosan est un antibactérien puissant suspecté d’agir sur la thyroïde.
- Le Phénoxyéthanol est très fréquent. Il est, à très haute dose, toxique pour le foie. Particulièrement surveillé dans les produits pour bébés.
- Les MIT (Methylisothiazolinone), sont les remplaçants des parabènes lors de la polémique en 2010. ils se sont révélés être extrêmement allergisants et provoquaient de l’eczéma de contact. Ils sont désormais interdits dans les produits non rincés.
Les allergènes
Parlons maintenant des allergènes. Bien que souvent naturels (présents dans les huiles essentielles), ce sont des substances qui peut déclencher des réactions allergiques chez certaines personnes.
En cosmétique, le nombre a évolué de 26 à 80 allergènes parfumants qui sont règlementés par l'Union Européenne. Parmi les plus courants, vous avez : le linalool, le limonène, le géraniol, le citronellol, la coumarine...
Ce qui est important à savoir, c'est qu'ils peuvent provoquer des réactions allergiques cutanées : eczéma de contact, démangeaisons, rougeurs... Et attention, on peut développer une allergie après des expositions répétées. Vous n'êtes pas allergique aujourd'hui ? Ça ne veut pas dire que vous ne le serez jamais. L’effet cocktail (cumul de plusieurs produits) peut sensibiliser une peau saine.
Même si le consommateur n'utilise que des produits naturels avec des huiles essentielles, les parfums naturels contiennent ces allergènes. Ce n'est pas parce que c'est naturel que ça ne peut pas être allergisant.
Pour l'étiquetage, sachez que c'est obligatoire de mentionner ces allergènes quand il y en a plus de 0,001% dans les produits à rincer, et plus de 0,01% dans les produits sans rinçage.
Les filtres solaires chimiques
Continuons avec les filtres solaires chimiques. Je parle ici des filtres organiques qui absorbent les rayons UV, pas des filtres minéraux. Ce sont des molécules de synthèse qui pénètrent dans la couche supérieure de l’épiderme pour absorber les UV à la place de la peau.
Parmi les plus controversés, vous avez la benzophenone-3, ethylhexyl methoxycinnamate, l'octocrylène, et l'homosalate.
Ces filtres sont suspectés d'être des perturbateurs endocriniens et pourraient interférer avec notre système hormonal. Ils présentent également un risque allergène et même photoallergène, c’est-à-dire qu’ils peuvent provoquer des réactions au soleil. Mais ce n'est pas tout. Ces filtres ont un impact environnemental majeur. Ils sont toxiques pour les coraux et les écosystèmes marins. D'ailleurs, ils sont carrément interdits à Hawaï !
Les nanoparticules
Enfin, un sujet récent : les nanoparticules. Ce sont des ingrédients boyés infiniment petit (inférieure à 100 nanomètres). On les utilise surtout dans les crèmes solaires minérales pour éviter l’effet masque blanc. Ils peuvent être également incorporé dans le maquillage et les dentifrice. Le fait que ces ingrédients soient nano modifient la texture, la couleur et l’étalement.
La bonne nouvelle, c'est qu'elles doivent être signalées dans la liste INCI avec la mention "nano" entre crochets. Par exemple : titanium dioxide [Nano], Zinc oxide [Nano], silica [Nano] qui est une poudre de touché.
Mais pourquoi on s'en méfie ? Justement à cause de leur très petite taille. Elles peuvent potentiellement franchir les barrières biologiques : la peau, les poumons, et même le cerveau. Elles sont d’ailleurs toxiques au niveau cellulaire. Par principe de précaution, il est fortement déconseillé d’utiliser des produits contenant des [Nano] sous forme d’aérosols, spray, poudres libres pour des risques d'inhalation. L'impact environnemental est encore mal connu, et surtout, on manque vraiment de recul scientifique sur les effets à long terme.
Voilà ! Vous savez maintenant repérer les ingrédients décriés. Je veux insister sur un point : la présence de ces ingrédients ne signifie pas automatiquement qu'un produit est dangereux. Tout est une question de concentration, de fréquence d’utilisation et de type de peau. Mais votre expertise vous permet maintenant de guider vos clientes vers des choix plus sûrs, plus écologiques, et surtout adaptés à leur sensibilité.